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Cultiver la plasticité

Dans les articles précédents, nous avons vu que lorsque deux personnes se rencontrent, ce ne sont pas seulement deux individus qui se rencontrent. Ce sont aussi deux histoires, deux sensibilités, deux systèmes de défense et, parfois, deux névroses. Chacun arrive dans la relation avec ses expériences, ses blessures, ses habitudes et ses mécanismes de protection. La question devient alors : comment ne pas être prisonnier de son propre fonctionnement ? C’est là qu’intervient la

Souplesse vs. Flexibilité

Dans une relation, on parle souvent de compatibilité, d’ouverture d’esprit, d’adaptation ou de capacité à faire des compromis. Mais derrière ces mots se cachent deux qualités différentes, et pourtant intimement liées : la souplesse et la flexibilité. Elles peuvent sembler synonymes. Pourtant, lorsqu’on observe ce qui se passe à l’intérieur d’une relation — et particulièrement lorsque deux fonctionnements névrotiques se rencontrent — la distinction devient intéressante. Car un

Le temps des effrontés

Il existe des expressions qui semblent anodines mais qui, lorsqu’on les regarde de près, racontent beaucoup plus qu’une simple façon de parler. Elles décrivent parfois une époque, une psychologie collective, voire une transformation silencieuse des valeurs. En Algérie, «tiri bark» — « tire seulement », « lance et on verra » — appartient à cette catégorie. L’expression évoque une manière d’agir sans trop préparer, sans trop réfléchir, sans trop se soucier des conséquences ni d

Rencontre avec une névrose

Lorsque deux personnes se rencontrent, on aime croire que ce sont deux individus libres, disponibles et entièrement présents l’un à l’autre qui se découvrent. Mais, dans une lecture plus psychologique — ou plus spirituelle — on pourrait dire qu’au fond, une névrose en rencontre une autre. Dans le langage bouddhiste, on pourrait rapprocher cette idée de celle d’un ego qui rencontre un autre ego : chacun arrive dans la relation avec son histoire, ses conditionnements, ses peurs

La voix de l’égo

Ces phrases qui trahissent notre subconscient (et pourquoi il faut s’en méfier) Il existe en chacun de nous une voix intérieure constante. Elle commente, juge, anticipe, critique, compare. On l’appelle souvent l’égo — non pas au sens de l’estime de soi, mais comme une construction mentale issue du subconscient, façonnée par nos peurs, nos blessures et nos conditionnements. Cette voix ne reste pas silencieuse. Elle s’exprime à travers des phrases typiques, presque universelles

Ce qui vous dérange le plus…

Certaines situations nous mettent immédiatement mal à l'aise. D'autres nous mettent carrément hors de nous. Pourtant, toutes ces réactions n'ont pas la même origine. Il existe des choses qui dérangent parce qu'elles sont objectivement choquantes. Et puis il y a celles qui nous dérangent parce qu'elles viennent toucher une partie de nous-même que nous préférerions ne pas regarder. C'est là qu'intervient un mécanisme psychologique aussi puissant que méconnu : la dissonance cogn

Les ressorts de l'ingratitude

Pourquoi ceux qui ont le plus reçu sont parfois ceux qui blessent le plus Il existe une expérience humaine aussi fréquente que déconcertante : celle de découvrir qu'une personne à qui l'on a beaucoup donné devient, un jour, celle qui nous traite avec le plus de dureté. On lui a offert du temps, de l'écoute, des conseils, un soutien sans faille dans les périodes difficiles. On a partagé ses ressources matérielles, son énergie, son affection, parfois même une forme de tendresse

L'amour : échapper à la gravité

Steve Wozniak a intitulé ses mémoires Escaping Gravity (« Échapper à la gravité »). Cette expression évoque l'immense force nécessaire pour se libérer de l'attraction terrestre. C'est une métaphore particulièrement juste, non seulement pour l'innovation ou l'entrepreneuriat, mais aussi pour quelque chose d'encore plus ambitieux : construire un amour qui dure toute une vie. Le début d'une relation est souvent confondu avec l'amour lui-même. Ce n'est pas le cas. Le commencement

Le paradoxe de l'intégrité

Pourquoi ceux qui choisissent de faire ce qui est juste finissent parfois par en payer le prix. Nous grandissons avec l'idée que l'intégrité finit toujours par être récompensée. Dire la vérité, agir avec honnêteté, défendre l'équité ou refuser de céder à la facilité devraient naturellement conduire au respect, à la confiance et à la reconnaissance. Pourtant, l'observation des relations humaines révèle un phénomène beaucoup plus paradoxal. Dans certains conflits, l'intégrité n

Le vrai « cheat code » : pourquoi les « cheaters » d'aujourd'hui passent à côté de l'essentiel

Chez les plus jeunes, on entend souvent cette expression : « C'est un cheater. » Ce n'est pas une insulte. C'est une façon de dire que cette personne a trouvé le « cheat code » de la vie : le raccourci qui permettrait d'accéder à la liberté financière, au succès et à l'indépendance. L'expression vient des jeux vidéo, où un cheat code permet de contourner les difficultés pour accéder directement aux récompenses. Le problème, c'est que beaucoup ont aujourd'hui une vision complè

Bruel ou la déconstruction du consentement

L'une des idées les plus tenaces dans les débats sur les violences sexuelles est la suivante: « Si une femme accepte de monter dans une chambre d'hôtel avec un homme, c'est qu'elle consent à avoir un rapport sexuel. » Cette affirmation est non seulement fausse, mais elle révèle une profonde incompréhension de ce qu'est le consentement. Le consentement ne se déduit jamais d'un lieu, d'un contexte, d'une tenue, d'une invitation ou d'une réputation. Il ne se présume pas. Il s'ex

De l'obéissance à la liberté VI

Spinoza ou l'art de rester libre « La fin de l'État n'est pas de transformer les hommes d'êtres raisonnables en bêtes ou en automates, mais de faire en sorte que leur esprit et leur corps puissent exercer leurs fonctions en sécurité et qu'ils usent d'une raison libre. La fin de l'État est donc, en réalité, la liberté. »—Baruch Spinoza Au terme de cette enquête, une évidence s'impose. Depuis les premières cités de l'Antiquité jusqu'aux démocraties numériques du XXIᵉ siècle, to

La nouvelle fabrique de l'obéissance V

« Le plus grand danger n'est pas que les hommes soient privés d'information, mais qu'ils ne sachent plus à laquelle se fier. » Pendant des siècles, la fabrication de l'obéissance relevait presque exclusivement des États. Les rois disposaient de leurs messagers, les Églises de leurs prédicateurs, les empires de leurs proclamations, les partis de leurs journaux et les dictatures de leur propagande. Celui qui contrôlait les moyens de communication contrôlait largement le récit c

La fabrique de l'obéissance IV

Les ingénieurs de l'obéissance « Le pouvoir n'est pas seulement ce qui contraint. Il est aussi ce qui façonne les comportements. »— Inspiré des travaux de Michel Foucault À ce stade de notre enquête, une évidence s'impose. Les religions, les idéologies, les récits nationaux ou les grandes causes ne constituent pas, en eux-mêmes, les véritables instruments de l'obéissance. Ils n'en sont que les véhicules. Depuis l'Antiquité, les pouvoirs changent de visage, mais ils utilisent

La fabrique de l'obéissance III

Quand le Parti remplace Dieu « Toutes les idéologies sont des simplifications de la réalité. C'est leur force et leur danger. »— Inspiré de la pensée de Hannah Arendt Les révolutions du XVIIIᵉ et du XIXᵉ siècle semblaient annoncer une rupture définitive. Les monarchies de droit divin reculaient, les sociétés se sécularisaient, les sciences progressaient et l'autorité religieuse perdait progressivement son monopole sur les consciences. Beaucoup imaginèrent que la politique all

La fabrique de l'obéissance II

Quand l'Histoire commande « Celui qui contrôle le passé contrôle l'avenir. Celui qui contrôle le présent contrôle le passé. »— George Orwell Lorsqu'une religion perd progressivement son rôle d'organisateur de la société, le pouvoir ne renonce pas pour autant à rechercher une source d'autorité qui le dépasse. Depuis deux siècles, les États ont découvert une autre force, tout aussi puissante que le sacré : la mémoire. Les grandes blessures d'un peuple, ses victoires, ses humili

La fabrique de l'obéissance I

Quand Dieu commande « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »— Jésus de Nazareth Il existe un paradoxe qui traverse toute l'histoire humaine. Les plus grands empires n'ont jamais été gouvernés uniquement par la force. Aucune armée, aussi puissante soit-elle, ne peut surveiller des millions d'hommes jour et nuit. Aucune police ne peut entendre toutes les conversations, contrôler toutes les pensées ou empêcher chaque acte de rébellion. Gouverner par la

La géométrie variable des interdits dans les religions monothéistes

Quand les croyants choisissent leurs commandements Le judaïsme, le christianisme et l'islam présentent tous trois une ambition remarquable : fournir à l'être humain un cadre moral censé régir l'ensemble de son existence. Les textes fondateurs de ces religions abordent aussi bien les relations avec Dieu que les rapports entre les hommes, l'argent, la sexualité, la famille, les animaux, les étrangers ou le pouvoir. Pourtant, lorsqu'on observe les comportements réels des croyant

La première impression : pourquoi nous voyons rarement les gens tels qu'ils sont

Nous croyons voir les gens. En réalité, nous les interprétons. Il suffit de quelques secondes. Un visage, une démarche, une tenue vestimentaire, un regard. Immédiatement, notre cerveau construit une histoire. Cette personne est sympathique. Celle-ci est arrogante. Celui-là paraît intelligent. Cet autre semble dangereux. Nous avons l'impression de percevoir directement la réalité. Pourtant, ce que nous appelons souvent « intuition » ou « flair » est bien souvent une constructi

L’innocence perdue : de la crèche à la condition humaine

Un matin ordinaire.Devant une crèche, la porte s’ouvre et un petit groupe d’enfants en sort, encadré par des adultes attentifs. Ils marchent en file approximative, certains se tenant la main, d’autres regardant le ciel, un caillou, une feuille. Il y a des rires imprévisibles, des regards émerveillés, des gestes spontanés. Ce qui frappe immédiatement, ce n’est pas seulement leur fragilité ou leur beauté — c’est leur neutralité absolue face au monde. Ils ne savent rien. Ils ne

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